Articles de Bizi Ona Slow Food au Pays Basque

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Quand l’Histoire avec un grand « H » rencontre la petite histoire…
du Roi d’Aragon reçu par Louis XI au Château d’Urtubie,
à « Bizi Ona, le Slow Food du Pays Basque » reçu à la Ferme « Lizarraga » ,
« L'Espagne s'invite à notre table… »

Tel sera le thème de notre soirée du Lundi 7 juillet 2008,
qui se déroulera à la « Ferme Lizarraga »,
Nationale 10, à Urrugne. (1)
à 19 heures précises.

Quand Lapeyre m’a dit : « - Planche sur la Plancha,
Et trouve nous un lieu que l’on ne connaît pas ! »
Je me suis dit : « - Plancha ? - Je n’y arriverai pas ! »
Et puis, j’ai essayé, c’était « prêchi-prêcha … »,
Jusqu’au moment précis où j’ai pensé : « Urrugne »
- « Nom rauque dont le son à la rime répugne » (2) -
Où, quelques jours avant cet appel - simple et ferme -
J’avais fort bien dîné dans une ancienne ferme
Restaurée avec goût par un couple modèle :
Qui reçoivent fort bien aux lueurs des chandelles…

Dans ma tête, enfin, mon « papier » prenait forme.
Je voyais le château avec ses murs énormes…
Pour notre réunion, l’adresse, je l’avais :
« Ferme Lizarraga » , à deux pas d’Urtubie.
Il me fallait ensuite écrire sur la lubie
De notre ami Lapeyre : « Plancha et dérivés ! »
Inspiration : zéro ! Je suis donc revenu
Au maître de la ferme, Guillaume de Coral,
Pour vous parler des lieux qui ont appartenu
A sa grande famille. Peut-être qu’à vos yeux,
Mon texte aura un air un peu professoral ?
Je vous l’offre quand même : je ne ferai pas mieux !

Si l’on se doit d’ôter la particule d’un nom que l’on énonce - on dit les « Coral » et non les « de Coral » - il est désormais une licence homophonique qui va permettre à tout un chacun de dire les « deux Coral » : Laurent et Guillaume.
Issus d’un même arbre, ils ont chacun désormais leur histoire.

Laurent de Coral.
Les amoureux des belles pierres et de l’Histoire du Pays Basque n’ignorent rien du berceau basque de la famille de Laurent de Coral, « dépositaire » - il préfère ce joli terme à celui de « propriétaire » - du Château d’Urtubie.
Edifiée sur les terres d’Urrugne après que Martin d’Urtubie, son premier Seigneur eut reçu en 1341, par lettres patentes du Roi d’Angleterre Edouard III, duc d’Aquitaine, « l’autorisation de construire un château en pierres avec murailles et fossés », cette noble demeure aux allures de forteresse sera en partie rasée puis reconstruite entre 1506 et 1540. Ici, les séjours royaux ne se comptent plus. En 1463, Louis XI y eut une entrevue avec le roi d’Aragon, mécontent et déconfit que son cousin de France ait occis et jeté dans ses prisons les sires d’Albret et les puissants d’Armagnac, ses alliés, dont l’exécution féroce permettait au roi de France de mettre le pied sur le Midi Pyrénéen qu’Aragon avait toujours regardé comme sa terre. De l’entrevue d’Urtubie, ce ne fut point la paix qui en sortit mais la guerre : le roi espagnol sema la révolte dans tout le Roussillon qu’il fallut reconquérir.
Lorsque Louis XI séjourne à Urtubie la grande Histoire se conjugue avec celle de cet exceptionnel domaine que Louis XIV érigea en Vicomté en 1654. Il en est de même lorsque quelques membres de la famille s’allient avec les Pompadour et les Bourbon-Busset… ou lorsque, durant les guerres napoléoniennes, en 1814, le château servit de quartier général au Maréchal Soult, puis au général Wellington.
En vous rendant à Urtubie, Laurent de Coral, mieux que tout autre, saura vous conter l’histoire de sa maison et de ses différents Maîtres : les Sault, les Montréal, les Castelmoron, celle de ses ancêtres : Nicolas Henri de Coral, volontaire des campagnes de l’Empire, déporté pendant quatre longues années sur l’îlot désertique de Cabrera, non loin de Majorque, celle de son fils Hugues, ou de son petit fils Paul qui épousera Thérèse Labat, fille de Jules Labat, Maire de Bayonne, et de Gabrielle de Larralde-Diustéguy, héritière des anciens Vicomtes d’Urtubie…
Petit fils de Bernard de Coral, Député-Maire d’Urrugne, Laurent de Coral et son épouse - Maire d’Urrugne - conjuguent avec talent le métier de « mainteneur des traditions » et celui d’hôtelier à la tête d’une maison d’exception.
Si j’osais vous donner un conseil… et j’ose ! - Profitez de notre escapade à Urrugne pour visiter le Château d’Urtubie (3) dès avant notre rendez-vous de 19 heures ?

Guillaume de Coral.
Surplombant le Château d'Urtubie auquel elle est attachée depuis toujours, « Lizarraga » est une authentique ferme basque du 17ème siècle que Charlotte et Guillaume de Coral ont joliment restaurée en conservant ses plafonds bas, ses poutres d’origines et son sol en pierre de la Rhune.
Grâce à son décor authentique et simple, mais aussi à l’accueil chaleureusement familial de ses « inventeurs » , « Lizarraga » a conservé son ambiance de ferme de toujours. Côté cuisine, Matthieu Destugues ne travaille que des produits de saison qu’il propose sur une carte au goût du terroir, simple et agréablement gourmande. Servie dans la fraîcheur de la ferme ou à l’ombre d’un noyer centenaire dominant la terrasse, sa cuisine se marie fort bien avec l’environnement champêtre de cette adresse bucolique : vaches et maïs au premier plan, collines de Ciboure au loin, et la Rhune, montagne mythique des Basque, dominant le tout.

Et la « Plancha et ses dérivés » dans tout ça ?
J’y reviens. Mais pas seul.
Nous avons fait appel à notre ami Frédéric Duhart, historien et anthropologue, qui a su éveiller notre gourmandise lors de notre soirée consacrée aux légumes d’autrefois, d’aujourd’hui et de toujours à la Table d’Aranda.
C’est donc l’auteur de « La nouvelle cuisine du XVIIIe siècle », de « La chocolaterie bayonnaise au XVIIIe siècle », des « Mythologies alimentaires » et du « Goût du Sud-Ouest » - entre autres publications - qui nous parlera de « la cuisine à La Plancha » si solidement enracinée dans le paysage culinaire de notre région qu'elle a désormais une couleur et un goût des plus locaux pour les touristes découvrant le Pays Basque.
C’est donc à Urrugne, entre mer et montagne d’où proviennent les meilleurs des produits à cuisiner « à la plancha » que Frédéric Duhart nous contera la brève et passionnante histoire de l'implantation de cette façon de cuisiner venue de l'autre côté de la Bidassoa que, il y a quelques décennies à peine, ces mêmes touristes devaient traverser, lorsqu’ils voulaient découvrir la cuisine « à la plancha ». Par delà les épisodes d'une intégration gourmande particulièrement réussie, Frédéric Duhart nous fera également part de sa réflexion sur la philosophie du « manger ensemble » et l’art consommé de faire vivre une identité.

“Vulnerant omnes, ultima necat” - toutes les heures blessent, la dernière tue - proclame l’antique cadran solaire qui orne les murs de pierres rousses de l’imposante église d’Urrugne.
Un prêtre de mes amis affirme que cette inscription en latin de cuisine traduit l’essentiel de l’âme basque : fataliste dans sa foi comme dans sa philosophie.
J’y vois un clin d’œil à la philosophie de notre H.B.L. préféré et au fatalisme auquel je dois faire face en me résignant à plancher sur la plancha !

Henri-Bernard Lapeyre est un vrai philosophe !
Grâce à son insistance, j’ai terminé mes strophes
En parlant d’Urtubie, du château, de la ferme,
De la plancha enfin ! Je vous laisse : je ferme !

Bernard Carrère.

(1) Ferme Lizarraga, Nationale 10, Urrugne - tél. 05.59.47.03.76.
Accès : après Saint-Jean-de-Luz, direction Urrugne. Passer l’accès à l’autoroute et la route de Socoa. Quelques mètres après, sur votre droite, un panneau indique la « Ferme Lizarraga » (et un autre panneau, le Château d’Urtubie) : tourner à droite, prendre la route gravillonnée et suivre les flèches.
(2) Théophile Gautier
(3) Château d'Urtubie, route Nationale 10, Urrugne - tél. 05.59.54.31.15.
Donjon fortifié du XIV°siècle, corps de logis Renaissance avec escalier de pierres en vis suspendu. Beau mobilier et collection de tapisseries des Flandres du XVII°siècle.